Affaires civiles et gestion des conflits locaux

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Source: UNMISS

Résumé exécutif

La reconnaissance politique de la prévention des conflits et de la protection des civils, en particulier avec des moyens non militaires, est croissante ; le rapport du Groupe indépendant de haut niveau sur les opérations de paix en constitue l’exemple le plus récent. Le soutien à la gestion des conflits locaux est essentiel dans le cadre de l’approche « centrée sur le terrain et les populations » qui a été identifiée comme cruciale par le Groupe en vue d’améliorer l’efficacité du maintien de la paix. Les équipes des affaires civiles se trouvent à l’avant-garde des efforts visant à prévenir l’escalade de la violence : Elles s’impliquent auprès des communautés au niveau local, réunissent les parties prenantes au conflit ou gèrent des mécanismes d’alerte précoce.

Depuis le début des années 2000, la plupart des missions multidimensionnelles de maintien de la paix des Nations Unies présentent un volet « affaires civiles » de taille assez importante. Pour la période 2015 – 16, près de 1000 spécialistes des affaires civiles et plusieurs centaines d’assistants de liaison communautaire doivent être déployés dans le cadre de 12 missions à l’échelle mondiale. Les équipes des affaires civiles réalisent de nombreuses tâches : établir et entretenir des relations avec des interlocuteurs locaux, maintenir des réseaux d’alerte précoce, faciliter la résolution de conflit au niveau local, soutenir l’autorité étatique dans les tâches de gestion des conflits, enrichir les connaissances de la mission en matière de dynamiques de conflits locaux, se coordonner avec les ONG nationales et internationales, enquêter sur les perceptions locales au niveau de la situation sécuritaire.

Cette Boîte à outils se concentre sur le soutien à la gestion des conflits locaux. Elle expose les problèmes pratiques rencontrés par les équipes des affaires civiles au Soudan du Sud (UNMISS) et en République démocratique du Congo (MONUSCO) dans leur travail quotidien sur les conflits locaux, problèmes qui pourraient être proches de ceux que connaissent les personnels des affaires civiles d’autres missions des Nations Unies. Les dizaines de conversations, table-rondes et ateliers réalisés avec le personnel des affaires civiles de l’UNMISS et de la MONUSCO pour cette Boîte à outils ont montré que les problèmes et les bonnes pratiques identifiés relèvent en général de la gestion et de l’organisation du travail, même si certains concernent bien des questions clés d’appui à la gestion des conflits. Les problèmes abordés concernent une large gamme d’acteurs : certains se situent essentiellement au niveau de la responsabilité des chefs des affaires civiles tandis que d’autres demandent la collaboration active d’autres composantes de la mission ou concernent des questions de méthodes de travail avec les partenaires des Nations Unies et des ONG, les autorités du pays hôte ou d’autres parties prenantes locales. 

Au sein des affaires civiles, les grandes leçons tirées des collègues expérimentés sur le terrain ont débouché sur un même constat : une invitation à être plus stratégique. Cela signifie prendre le temps de réaliser une bonne analyse des conflits, utiliser ces éléments pour définir sciemment des priorités aux dépens de sujets moins importants et utiliser les instruments politiques des affaires civiles au service de ces grandes priorités, que ce soit la facilitation de l’accès aux ressources logistiques, l’engagement politique des chefs locaux ou de grandes actions comme les formations ou les conférences de paix. Tout cela est plus facile à dire qu’à faire. Des demandes externes incessantes et des procédures bureaucratiques fastidieuses laissent peu de temps pour penser ou planifier. Toutefois, nous espérons que les exemples provenant de collègues sur le terrain donneront quelques idées pour trouver ce temps (en choisissant de né pas faire certaines choses) et l’utiliser de façon productive.

Les affaires civiles né sont pas une île à l’écart d’une mission de maintien de la paix. Beaucoup de ses fonctions clés né sont efficaces qu’en étroite collaboration avec d’autres volets de la mission. Ceci est à double tranchant : améliorer la prévention des conflits et la protection des civils demande un plus grand soutien à la gestion des conflits locaux, ce qui implique des ajustements structurels de la mission permettant à l’équipe des affaires civiles de tirer le meilleur parti de ses capacités et ressources exceptionnelles. Deux de ces ajustements sont l’établissement de budgets pour des « petites caisses » et la priorisation de ressources logistiques en vue d’un soutien à la gestion des conflits locaux. Au sein de certaines missions, une révision des protocoles de sécurité comme partie intégrante du basculement plus global de l’UNDSS d’un évitement des risques à une gestion des risques pourrait être nécessaire même si cela né se fait pas en un jour. Par ailleurs, si des missions veulent être mieux adaptées aux dynamiques politiques locales, elles doivent investir sur de la formation continue, par exemple en engageant des assistants de liaison communautaire, ce qui est en cours dans un certain nombre de missions autres que la MONUSCO. Egalement, des missions doivent alimenter la richesse de l’analyse locale produite par la communauté des affaires civiles au sein des circuits d’information de l’ensemble de la mission et des processus de prise de décision.

En travaillant avec les agences des Nations Unies et les ONG, l’UNMISS et la MONUSCO proposent plusieurs modèles de coordination avec les partenaires en matière de gestion des conflits locaux. La forme doit découler de la fonction : la forme précise d’un forum ou d’un groupe de travail doit être déterminée par les acteurs et le contexte plutôt que par un modèle particulier. Pour être plus stratégique, il peut toutefois être nécessaire de s’investir de façon plus importante dans le fait de combler une partie des « lacunes » de la consolidation de la paix que les affaires civiles né peuvent combler seules. Comme l’illustrent les plus récentes interventions du Groupe d’appui à la stabilisation de la MONUSCO, une mission peut être en mesure de traduire son pouvoir de mobilisation politique au sein de la communauté internationale, notamment par le fléchage du financement des bailleurs vers des zones prioritaires. Une telle zone prioritaire peut être, par exemple, l’appui à la gestion des conflits locaux par les ONG ou les agences reconnues pour leur travail de haute qualité au niveau local.

Il est rare que « les conflits locaux » soient en fait seulement locaux. Les principaux défis en matière de prévention de l’escalade de la violence concernent l’ampleur de l’implication avec les représentants de l’Etat – certains pouvant avoir des intérêts propres dans le conflit – et avec les saboteurs dissimulés qui né reconnaissent pas leur rôle de parties prenantes et agissent hors de portée des acteurs locaux. Loin de fournir des solutions simples à ces problèmes complexes, les récits rapportés par le personnel terrain servent finalement à souligner le rôle critique d’une bonne analyse et de choix stratégiques informés. Il y a toujours des choix à faire dans la manière de s’engager avec différents acteurs locaux et de prioriser les ressources limitées d’une mission.

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